Interview du Conseiller Général : Politiques de solidarité

Interview du Conseiller Général : Politiques de solidarité

Interview de Frédéric Bierry, vice-président du Conseil Général du Bas-Rhin

1. Frédéric Bierry, vous êtes Président de la commission des solidarités du Conseil Général du Bas-Rhin, pouvez-vous nous rappeler en quelques mots, le rôle d’un Conseiller Général dans les politiques de solidarité ?

Il faut tout d’abord rappeler que le budget alloué aux politiques de solidarité représente plus de 50 % du budget total des Conseils Généraux. Le Conseiller Général a alors pour mission de définir la façon dont ce budget, qui tendra à augmenter à l’avenir, est redistribué. 

2. Considérez-vous le maintien à domicile des personnes dépendantes comme
un enjeu important pour notre société ? Pourquoi ?

C’est un thème fondamental et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, nous savons que le nombre de personnes âgées va pratiquement doubler dans les 20 années à venir. Nous savons aussi qu’il sera impossible d’offrir à chacun une place en maison de retraite, mais surtout que les personnes âgées souhaitent, majoritairement, vivre à domicile le plus longtemps possible. C’est pourquoi il est de notre devoir d’adopter une politique forte en matière de maintien à domicile afin de répondre aux attentes de la population.

3. Quel est l’intérêt du développement du maintien à domicile au niveau des
collectivités locales ?

Aujourd’hui notre intérêt est de répondre à la demande des personnes en situation de dépendance qui souhaitent rester le plus longtemps possible vivre à domicile. En parallèle, les exigences des maisons de retraite sont telles, en termes d’accompagnement médico-social, que tout le monde n’a pas les moyens de se payer une place en établissement spécialisé. Dans ce cas là, l’aide sociale du département doit financer la place en maison de retraite. Le maintien à domicile des personnes dépendantes a donc un impact sur toute la population car cela va représenter des coûts plus faibles pour la société. Il y a donc deux enjeux à cette question, celui de la demande de vivre à domicile des personnes concernées et celui de la limitation des coûts de prise en charge. Au final, le maintien à domicile a un impact pour chacun.

4. Comment se manifeste concrètement l’action du Conseil Général du
Bas-Rhin en matière de maintien à domicile ?

Les actions sont vraiment diverses et varient selon les départements. Dans le cas du Bas-Rhin, nous avons par exemple impulsé une démarche nommée « TIC-Santé », dans laquelle plusieurs actions ont été menées. Nous avons tout d’abord recensé les entreprises Alsaciennes qui avaient des compétences en matière de maintien à domicile et le souhait de les partager. Nous avons ensuite organisé une exposition appelée « appart-à-part » réunissant toutes les entreprises qui étaient à l’origine d’innovations portant sur les équipements et la domotique adaptés au maintien à domicile. C’est aussi dans ce cadre que nous avons rencontré le Président Directeur Général de Toshiba pour développer avec nous la démarche « TIC-Santé ». Nous sommes actuellement en train d’expérimenter une nouvelle forme de développement en finançant la familiarisation des personnes âgées avec l’outil informatique. Des expérimentations ont déjà été menées en maison de retraite et les résultats sont fabuleux. Notre ambition est de réunir les compétences pour améliorer les équipements grâce au concours des uns et des autres. C’est ainsi que nous avons pu équiper entièrement plusieurs logements sociaux totalement adaptés, autant pour les personnes âgées que pour les personnes en situation de handicap.

Vous comprendrez donc que l’action est double car elle a à la fois un objectif de création d’emplois, en essayant de développer les entreprises de domotique, mais elle a aussi et avant tout un objectif d’optimisation du service à la personne.

Pour résumer les Conseils Généraux mettent des moyens, tant dans l’expérimentation et l’innovation que dans l’adaptation du logement par le biais de la MDPH (le principal financeur de la MDPH reste le Conseil Général).

5. Quelles sont les difficultés auxquelles vous devez faire face ?

La grosse difficulté reste le budget, car nous devons faire face à une demande qui explose et en même temps, un budget recette qui baisse…

5. Avec quels outils ces actions sont-elles menées ?

Malgré un contexte financier difficile, c’est avant tout le budget dont disposent les Commissions des solidarités qui permet aux actions d’être menées à terme. Outre l’aspect financier les différents travailleurs sociaux ont un rôle essentiel dans la concrétisation des actions de la Collectivité territoriale en faveur du maintien à domicile.

7. Pouvez-vous nous décrire vos partenaires dans la mise en place des actions et comment s’établissent les relations avec eux. Viennent-ils à votre rencontre ?  Lancez-vous des appels d’offre ?

Nous travaillons beaucoup avec les associations du secteur, les échanges sont réciproques dans la mesure où nous pouvons tout à fait les contacter pour mettre en place des actions et vice-versa. D’autre part, nous faisons aussi des appels à projet, ce qui est en quelque sorte le penchant social de l’appel d’offre.

8. Nous savons que les tarifs indicatifs du Conseil Général concernant les services d’aide à domicile (comme par exemple dans le cadre de l’APA) sont très fluctuants d’un département à l’autre, par exemple ce tarif est de 18,50 € en Gironde et de 19,60 € dans le Bas-Rhin. Comment sont fixés les tarifs et comment les différences peuvent-elles s’expliquer ?

Le tarif de 19,60 € est un tarif moyen qui a été fixé il y a 3 ans. Pour déterminer celui-ci, les élus et moi-même avons analysé plusieurs composantes, notamment les techniques et les moyens mis en place par les prestataires, mais aussi la demande à laquelle ils devaient faire face. La question du montant du budget alloué à la collectivité joue, bien entendu,  elle aussi un rôle dans la fixation de ce tarif de référence. Ces différentes composantes ne sont pas les mêmes dans tous les départements, ce qui explique la variation du montant selon les territoires.

9. On sait désormais que les Conseils Généraux jouent un rôle important dans le développement des politiques de solidarité et du maintien à domicile, pouvez-vous nous décrire les projets phares à venir dans ce domaine ?

Nous axons prioritairement nos actions en prévision du futur, c’est pourquoi les projets phares portent sur l’innovation et les nouvelles technologies. En effet, les nouvelles technologies santé sont véritablement la clé de la réussite du maintien à domicile. D’autant plus qu’aujourd’hui, nous constatons que le patrimoine bâti n’est pas suffisamment adapté aux personnes qui ont perdu leur autonomie. Seuls 6 % des logements en France sont adaptés à la perte d’autonomie, un constat dérisoire alors que nous savons que dans le futur, les personnes dépendantes représenteront entre 20 et 30 % de la population française.

Par conséquent, l’adaptation de l’habitat est un enjeu majeur pour notre société et c’est notre voie d’action prioritaire.

10. Pour finir, pourriez-vous nous dire où en est la France comparée à ses voisins
européens ?

Il y a vraiment une différence marquée avec certains de nos voisins. Beaucoup d’entre eux sont très en avance sur les logements adaptés, alors que la France se démarque en ce qui concerne l’accompagnement des personnes âgées et les maisons de retraite. Par ailleurs, les différences de la structure de l’offre en matière de maintien à domicile sont intrinsèquement liées aux évolutions démographiques propres à chaque pays. Par exemple, en Allemagne la politique de maintien à domicile est très développée comparée à la France, mais il faut préciser que la transition démographique s’est effectuée plus tôt chez eux. En effet, le nombre de personnes dépendantes explose littéralement. C’est peut-être la raison pour laquelle ils sont en avance.

 

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