Le débat autour de l’accompagnement sexuel

Le débat autour de l’accompagnement sexuel

Une formation à l’accompagnement sexuel des personnes dépendantes a eu lieu à Strasbourg en mars 2015. Cette première en France a soulevé des questions concernant la problématique de la sexualité des personnes en situation de dépendance.

Quelles sont leurs besoins ? Que dit la loi et quels sont leurs droits ? Quelles limites sont nécessaires ? Nous avons interviewé Marcel Nuss, le Président de l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel, afin d’obtenir plus d’informations sur ce thème au cœur de nombreux débats. Découvrez dans cet article les réponses qui pourront vous aider à vous faire une idée sur le sujet. 

Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Je suis Marcel Nuss, écrivain, conférencier et formateur. Je milite en faveur du respect des libertés individuelles et plus particulièrement des droits des personnes handicapées depuis plusieurs années. C’est dans ce cadre que j’ai créé l’APPAS.

Pourquoi et comment est née l’association ?

L’APPAS a vu le jour, en septembre 2013, parce qu’il y avait un immobilisme flagrant en France de la part des associations dans le champ de la vie affective, sensuelle et sexuelle des personnes en situation de dépendance. On parle de cette problématique depuis des années mais personne n’a osé affronter les limites de la loi française. Cette association est le fruit de l’engagement d’une équipe convaincue de la légitimité de cette cause.

Quelles sont ses missions principales ?

Les missions de l’APPAS sont de :

  • Militer en faveur de la reconnaissance du statut d’accompagnant sensuel et/ou sexuel en France
  • Former les personnes désireuses de pratiquer l’accompagnement sensuel et/ou sexuel
  • Mettre en place des programmes éducatifs à destination des professionnels de l’accompagnement, des parents et des personnes en situation de handicap
  • Sensibiliser, informer, conseiller et accompagner les professionnels du médico-social
  • Mettre en lien des personnes en demande d’accompagnement sensuel et/ou sexuel et des accompagnant(e)s sexuel(le)s

Existe-t-il des critères pour solliciter un accompagnement à la sexualité via votre association ?

Les critères sont variables. Il ne suffit pas d’avoir un handicap pour pouvoir bénéficier d’un accompagnement sexuel. Cet accompagnement est proposé aux personnes en situation de dépendance, souffrant de misère affective et sexuelle quels que soient leur âge (y compris en maison de retraite), leur orientation sexuelle et leur lieu de résidence.

Comment sont recrutés les accompagnants ?

Les accompagnants sexuels sont recrutés sur la base du volontariat, après un entretien préalable avec un membre de l’APPAS. Lors de cet entretien, ils sont amenés à décliner leurs motivations. S’ils sont sélectionnés, ils doivent suivre une formation durant laquelle nous leur apprenons les bases théoriques de cette activité humaniste. Les qualités requises sont : avoir le sens de l’empathie, une sexualité équilibrée, une écoute ouverte, de la disponibilité, une ouverture d’esprit, un rapport respectueux à leur corps et celui de l’autre et une véritable éthique.

Quelles activités peuvent-être réalisées par un accompagnant ?

Dans le cas d’un accompagnement sexuel individuel, cela peut aller de la relation sensuelle (contacts de corps à corps), avec caresses, masturbation, jusqu’à l’acte sexuel. Dans le cas de l’accompagnement sexuel d’un couple, l’accompagnant apporte une aide technique aux personnes, par sa présence discrète et attentive. En ce qui concerne les personnes déficientes mentales ou psychiques par exemple, l’accompagnement sensuel relève surtout d’un travail d’apprentissage et d’apprivoisement de sa sensualité. Il faut préciser que rien n’est imposé. Tout est défini au préalable entre les protagonistes de ce type d’accompagnement spécifique, de même que les accompagnants sexuels sont seuls juges des limites qu’ils imposent à leurs prestations.

Comment se passent les mises en relation entre bénéficiaires et accompagnants ?

L’association réceptionne les demandes, étudie leur recevabilité puis les dispatche en fonction de la disponibilité et de la localisation des accompagnants sexuels.

Comment décrivez-vous l’offre et la demande en matière d’accompagnement sexuel aujourd’hui dans notre pays ?

Les demandes sont de plus en plus nombreuses mais restent encore très fréquemment sans réponses par manque d’accompagnants formés dans nombre de secteurs dans l’Hexagone. Ceux-ci ne pourront être couverts qu’au fil des années.

Au niveau législatif, où en sommes-nous aujourd’hui en France ? Quelles sont les différences avec les pays voisins ?

Sachant que l’accompagnement sexuel individuel est juridiquement considéré comme une forme de prostitution (laquelle est légale en France), toute mise en relation est par conséquent passible du délit de proxénétisme. L’association peut de ce fait être poursuivie pour ce délit, bien que la mise en relation se fasse de façon bénévole. Dans beaucoup d’autres pays voisins, régis par une législation règlementariste ou néo-réglementariste, on constate une plus grande libéralité en matière prostitutionnelle. Ceci explique que le statut d’accompagnant sexuel y est généralement reconnu.

Comment vous adaptez-vous à ces contraintes ?

Nous assumons les risques encourus en nous appuyant sur les conseils et le soutien de nos juristes et de notre avocate, dans le but d’obtenir à terme une exception à la loi encadrant le délit de proxénétisme.

 

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