Interview d’une praticienne en médiation animale

Interview de Nathalie Willem, praticienne en médiation animale

Nathalie Willem intervient en maison de retraite avec son chien médiateur Finley lors d’entretiens individuels pour pratiquer la médiation animale.  Cette approche thérapeutique vient de plus en plus à se démocratiser et ses bienfaits sur les patients sont remarquables. Mais alors qu’est ce que la médiation animale ? Nous sommes allés à sa rencontre pour vous éclairer sur cette pratique.

Qu’est ce que la médiation animale, ou plus largement, la thérapie assistée par l’animal ?

On utilise l’animal pour améliorer le bien-être des personnes âgées. On peut aussi travailler en collaboration avec des kinésithérapeutes et des psychologues mais l’animal d’assistance doit toujours être le centre de la thérapie.

Avec un kinésithérapeute, l’animal est celui qui sert de motivant aux exercices de promenade. La personne va promener le chien dans les couloirs, dans le parc et va fournir un effort sans s’en rendre compte. Dans d’autres cas plus psychologiques, on utilise l’animal d’assistance comme médiateur entre le personnel médical et le patient. La personne se l’approprie comme un protecteur et lui fait souvent davantage confiance qu’à l’aidant. Utiliser l’animal comme un motivant permet d’améliorer les fonctions cognitives de la personne âgée.

Pourquoi inclure l’animal dans des dispositifs de soins ? En quoi est-ce thérapeutique ?

Pour un soin ou une activité plus difficile telle que la toilette, l’animal est apaisant. On met la personne en confiance. La personne âgée peut le toucher, le caresser et sentir sa respiration afin de créer un lien avec lui. Beaucoup de données scientifiques prouvent que le chien médiateur permet de réduire significativement la tension artérielle et le rythme cardiaque. Le toucher provoque une réaction positive chez la personne. La médiation animale permet ainsi de renforcer les liens affectifs et thérapeutiques entre le soignant et son patient.

Comment en êtes-vous venue à pratiquer la médiation animale ?

Ma formation initiale est professeur des écoles, mais un jour en amenant des lapins Angora en maison de retraite, je me suis rendue compte de l’effet de bien-être qu’ils provoquaient chez les personnes âgées. Les plus faibles d’entre elles fournissaient un effort incroyable pour pouvoir seulement les caresser.

A cette époque, j’avais trois petits chiens Cavaliers King Charles qui avaient fait la formation de chien médiateur. Je suis ensuite, par le biais de l’Association Handi’chiens, devenue famille d’accueil pour éduquer d’autres chiens. J’ai gardé le premier, Finley, qui m’accompagne aujourd’hui encore en maison de retraite. En ce moment, j’éduque un petit labrador afin qu’il accompagne au quotidien une personne handicapée.

Où intervenez-vous et dans quelles conditions ?

J’interviens en maison de retraite dans le cadre de projets de vie individualisés, en général donc en chambre. Néanmoins je peux mettre en place des animations collectives telles qu’un loto bingo où l’animal sera au centre de l’activité. Il pourra par exemple ramener les numéros aux personnes âgées.

Combien de fois intervenez-vous en moyenne dans la semaine ?

J’interviens en moyenne deux fois par semaine, contre une fois tous les quinze jours auparavant. La directrice de la maison de retraite, convaincue des bienfaits de cette approche thérapeutique, a tout mis en œuvre pour réunir les fonds nécessaires pour que je puisse intervenir plus régulièrement. Le personnel soignant me sollicite souvent dans les couloirs, en me demandant de venir passer un moment avec le chien médiateur chez leur patient.

Est-ce une pratique reconnue et remboursée, existe-t-il des formations en médiation animale ?

Ce n’est pas une pratique reconnue par la Sécurité sociale, elle n’est donc pas remboursée. Dans certains pays comme le Canada, la médiation animale est davantage reconnue au niveau national. Il existe néanmoins un Diplôme Universitaire de Relation d’Aide à la Médiation Animale (DU RAMA) à Clermont-Ferrand, mais il a encore un peu de mal à démarrer. La pratique de la médiation animale va surement prendre du terrain en France d’ici les prochaines années, mais pour le moment il n’existe pas de formations reconnues par l’Etat hormis ce DU.

Comment s’organise cette approche thérapeutique et en direction de quel public se pratique-t-elle ?

L’approche thérapeutique est totalement différente selon les pathologies ou les besoins et les objectifs que l’on se fixe avec le patient. La médiation animale est destinée aussi bien aux personnes âgées, aux enfants autistes ou aux différents IME et établissements publics de santé.

Les résultats qu’on observe et les bienfaits de cette thérapie dépassent toujours mes espérances.

Qu’est ce que vos patients aiment dans cette thérapie, pourquoi ont-ils confiance en l’animal ?

Ils aiment le contact, le côté chaleureux et intime qu’ils entretiennent avec l’animal. Un rapport de confiance s’installe alors entre eux. Le chien médiateur est aussi une occupation pour la personne âgée, elle le brosse, le caresse et le promène. Pour eux, c’est une bouffée d’oxygène dans une vie où tous les jours se ressemblent. L’animal est un stimulant qui les oblige à rester actifs par le biais des promenades, des soins et des repas à donner. Ces activités les aident aussi à se repérer dans le temps.

Qu’aimez-vous dans cette pratique ?

L’amour et le plaisir d’améliorer le bien-être des personnes âgées que je rencontre me motivent et je reçois souvent bien plus que je ne donne. J’apprends beaucoup en les écoutant parler et raconter leurs histoires. Elles ont une certaine sagesse qu’elles peuvent partager avec moi et mon chien.

 

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