Interview de Véronique Arth, psychomotricienne

Interview de Véronique Arth, psychomotricienne

La profession de psychomotricien(ne) est encore peu connue du grand public. Rarement pratiquée en libéral, on la retrouve beaucoup en institution auprès de jeunes enfants ou de personnes âgées.

Nous sommes partis à la rencontre de Véronique Arth, une psychomotricienne au SESSAD « Le Tremplin » (Service d’éducation spéciale et de soins à domicile) à Strasbourg, pour en savoir plus sur cette profession si particulière.

1. La profession de psychomotricien(ne) est encore peu connue du grand public, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce métier ?

Tout d’abord la psychomotricité aide à comprendre comment l’on se sent dans son corps et de quelle manière on peut vivre au mieux avec. C’est une profession qui a pour but de favoriser l’entente de l’enfant avec son propre corps. « Le moi est avant tout corporel » comme disait Freud.

Deux raisons expliquent que ce métier soit peu connu. Tout d’abord parce que l’on parle du corps et que cela fait peur. Ensuite, c’est une profession paramédicale qui n’est pas remboursée par la sécurité sociale.

2. Quels peuvent être les secteurs et les domaines d’intervention pour un(e) psychomotricien(ne), et quelles techniques thérapeutiques utilisez-vous ?

On retrouve la psychomotricité principalement au niveau de l’enfance handicapée. Néanmoins cette activité se pratique aussi dans des domaines bien spécifiques comme en psychiatrie et en gériatrie.

J’aime travailler le plus simplement possible, différer des pratiques traditionnelles. Le travail en piscine ou en expression de soi (sur des bases théâtrales) est ce que je préfère.

 3. Qu’aimez-vous dans votre métier et pourquoi avoir choisi cette voie ?

Je savais dès l’âge de 14 ans que je voulais exercer un métier qui ne rentrait pas dans la norme et qui différait des pratiques traditionnelles : un métier où je pourrais travailler avec la personne d’une manière plus ludique. J’aime ce travail qui consiste en une autre façon d’apprendre, à sortir du système scolaire assez normatif. On est confronté à des cultures différentes où au milieu il y a le handicap. On s’engage corporellement avec l’enfant, on se déplace, on joue et on interagit avec lui. On analyse tout, l’enfant, sa manière d’être, ainsi que son environnement.

4. Comment se déroule une séance-type ?

Il y a deux types de prise en charge : les séances individuelles et celles en groupe

Les prises en charge en groupe se font avec 4 enfants de 8 à 10 ans. L’objectif  est d’être avec ses pairs, de susciter la relation et de travailler les troubles psychomoteurs comme la mauvaise coordination gestuelle.

Une séance-type se fait en cinq étapes :

  • Les enfants se nomment, et se désignent dans le groupe.
  • On forme un cercle et on se tient les mains comme pour faire passer une énergie (jeux de mains).
  • Ensuite arrive l’échauffement, où ils doivent mobiliser leur corps, et apprendre à le connaître.
  •  Un thème est choisi pour animer la séance, par exemple le cirque, avec des acrobaties, des jeux de balles, des jeux d’échanges etc.
  • Enfin, on termine avec un exercice de  relaxation où l’enfant se retrouve en soi. C’est souvent là qu’on repère si l’enfant est agité, s’il a besoin d’un parent pour s’endormir ou s’il manque de sommeil.

Pour une séance individuelle, on a un objectif de travail, mais l’enfant reste libre dans son choix d’activité. Notre but est de s’adapter à sa demande et de rebondir sur l’activité afin de lui amener quelque chose en plus. A l’aide d’un jeu, on travaille les difficultés que peut rencontrer l’enfant au quotidien, comme l’équilibre par exemple.

On le fait évoluer en fonction du jeu. A chaque âge on a un jeu symbolique qui correspond à un niveau de pensée.

 5. Quelles maladies traitez-vous au quotidien ?

Peut-on vraiment parler de maladie ? Le SESSAD où je travaille s’occupe de déficients intellectuels. On aborde plus souvent le terme de troubles psychologiques. Chaque SESSAD a sa population, certains sont spécialisés dans l’autisme par exemple.

6. Comment reconnaît-on un trouble moteur chez le jeune enfant ?

On commence par faire un bilan psychomoteur. Quand l’enfant arrive dans notre structure, il est suivi par une éducatrice spécialisée qui repère un peu ses troubles. Ce qui m’importe ce n’est pas de savoir si l’enfant peut sauter à pieds joints ou s’il peut bien se tenir sur un pied, c’est plutôt de savoir comment il s’engage corporellement. On a effectivement tendance à oublier que le trouble moteur chez un déficient intellectuel est bien là. C’est pourquoi j’analyse comment l’enfant réagit aux parcours que je mets en place. A partir de là je peux observer sa manière bien à lui d’effectuer le parcours et d’éviter les obstacles.

7. Quelles sont les particularités du service dans lequel vous travaillez ?

Mon service est un service de soins à domicile, au sens large. Il n’y a donc pas d’hébergement de nuit, mais uniquement un accueil de jour pour l’éducation spécialisée et les soins à domicile. Toutefois, il est rare que nous nous rendions directement au domicile de nos patients. Nous le faisons principalement pour rencontrer les parents qui ne peuvent pas se déplacer et leur faire un retour sur le bilan psychomoteur de leur enfant.

On passe beaucoup de temps avec l’enfant car on va le chercher  à l’école, on l’amène à la salle de psychomotricité et ensuite on le raccompagne chez ses parents. La séance n’est donc pas limitée au temps passé dans la salle.

8. Quels sont vos rapports avec les patients et leur entourage ?

On met l’enfant au centre de ce que l’on fait. Lorsque l’on présente un projet aux parents, on le présente toujours devant l’enfant et donc de manière plus simple et plus ludique, comme si c’était d’abord à lui que l’on s’adressait.

On le présente sous forme de questionnaire où il est écrit en introduction : « Je sais que j’ai grandi, mais j’ai encore besoin d’aide. Pourquoi me propose-t-on ce groupe ? Pour être plus à l’aise dans mon corps, dans mes gestes, afin que je puisse mieux apprendre en jouant et en partageant avec les autres. » L’enfant sait que ce n’est pas scolaire et les parents savent que c’est un travail. Nous faisons toujours en sorte de faire appel aux compétences des parents, qui sont souvent les personnes qui connaissent le mieux l’enfant. Ils nous aident parfois à comprendre certains points importants.

 9. Quels est le coût moyen d’une séance ? Vos prestations sont-elles remboursables ?

J’ai travaillé en libéral dans un environnement rural pendant deux ans et le coût d’une séance était entre 30 et 35 euros. En environnement urbain, cela peut monter jusqu’à 40 euros.

Aujourd’hui, la profession de psychomotricien(ne) n’est pas reconnue par la sécurité sociale, il est donc très difficile de se faire rembourser les prestations. Il est possible malgré tout d’obtenir des aides de certaines mutuelles ou caisses d’assurance maladie, mais les démarches à suivre sont souvent compliquées.

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